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Fatigue et SEP

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Domyleen

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Fatigue et SEP

Message  Domyleen le Lun 17 Mai 2010 - 18:00



http://le-truc-en-plus.over-blog.com/ext/http://www.webneurologie.com/e-docs/00/04/54/53/document_article.phtml

Auteur(s) : Jean-Christophe Ouallet
Pôle des neurosciences cliniques et Clinique de la sclérose en plaques, CHU de Bordeaux


Définition et évaluation

La fatigue est le plus souvent définie par une sensation d’absence d’énergie physique ou mentale. Elle peut être décrite comme une sensation d’épuisement ou de perception excessive de l’effort à fournir tiellement subjective mais elle peut néanmoins être évaluée avant et après un effort par des tests neuropsychologiques ou neurophysiologiques évaluant la fatiguabilité sensible à l’effort. Récemment, une distinction a donc été faite entre fatigue subjective (perception sans objectivation clinique mesurable) et objective (atteinte des performances motrices ou mentales mesurables, dépendant du caractère prolongé et soutenu de l’effort dans le temps) [1]. La fatigue est évaluable par différentes échelles dont la mieux validée et la plus complète est la FIS (Fatigue Impact Scale) qui comprend 40 items. Il existe une version raccourcie appelée MFIS (Modified FIS) très utilisée qui comprend 21 items. Cette échelle a l’avantage d’explorer de manière détaillée trois différentes dimensions de la fatigue : physique, cognitive et sociale. Cette échelle est, d’autre part, la seule validée en langue française (EMIF-SEP). D’autres échelles plus simples existent mais sont moins bien validées, dont la plus utilisée en langue anglaise est la FSS (Fatigue Severity Scale) qui est unidimensionnelle et comprend 9 items.
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Re: Fatigue et SEP

Message  Domyleen le Lun 17 Mai 2010 - 18:05



Auteur(s) : Jean-Christophe Ouallet

Pôle des neurosciences cliniques et Clinique de la sclérose en plaques, CHU de Bordeaux

Épidémiologie
Les différentes données de la littérature retrouvent une fatigue chez plus de la moitié des patients atteints de sclérose en plaques (SEP), ce qui en fait l’un des symptômes les plus fréquents et les plus invalidants. Certaines études ont même retrouvé que, parmi les symptômes multiples possibles au cours de la SEP, la fatigue représente la plainte la plus importante rapportée par les patients [2]. Ainsi, environ un tiers des patients considère que la fatigue est leur symptôme le plus invalidant. La fatigue serait, pour certains auteurs, plus fréquente dans les formes de SEP progressives primaires ou secondaires que dans les SEP rémittentes à rechute [3], mais cela reste controversé. Elle peut survenir à n’importe quel stade de la maladie. Les conséquences sur les activités de la vie quotidienne et le travail sont considérables. Elle peut fréquemment inaugurer la maladie et précéder de quelques semaines ou mois le premier événement neurologique clinique. Le symptôme de fatigue est souvent difficile à objectiver de manière évidente par les tiers. Cela peut être la source d’incompréhensions et de difficultés relationnelles entre les patients et leur entourage familial ou professionnel.
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Re: Fatigue et SEP

Message  Domyleen le Lun 17 Mai 2010 - 18:08

Auteur(s) : Jean-Christophe Ouallet

Corrélations cliniques et IRM

La fatigue paraît corrélée aux troubles de l’humeur : le lien persiste même après l’exclusion des échelles de dépression des items liés à la fatigue [4]. Elle semble majorée par le stress. Les liens avec le niveau de handicap et les troubles du sommeil sont controversés bien que les études les plus récentes semblent confirmer un lien modeste. La chaleur et les traitements médicamenteux peuvent être des facteurs aggravants et doivent être pris en compte chez certains patients. La fatigue peut aussi survenir à n’importe quel stade de la maladie, de manière indépendante et sans lien évident avec des facteurs associés. Elle peut survenir à n’importe quel moment de la journée mais la plainte des patients concerne surtout l’après-midi. Il ne semble pas exister de corrélation importante avec la charge lésionnelle en T2-FLAIR ou T1 à l’IRM, mais les études par les techniques plus sophistiquées semblent montrer une corrélation avec l’atteinte de la substance blanche et de la substance grise d’apparence normale dans les régions préfrontales et les boucles faisant intervenir le thalamus et les noyaux gris centraux [3, 5].
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Re: Fatigue et SEP

Message  Domyleen le Lun 17 Mai 2010 - 18:10



Auteur(s) : Jean-Christophe Ouallet

Physiopathologie

La physiopathologie précise de la fatigue reste mal connue et incertaine. Plusieurs facteurs liés à l’atteinte du système nerveux central (SNC) semblent impliqués.
Les travaux semblent ne pas montrer de corrélations avec l’atteinte de voies descendantes sensitives et motrices [3].
Il ne semble pas exister de corrélation significative entre la fatigue et la charge lésionnelle déterminée en IRM par les séquences standard. En revanche, des corrélations ont été montrées en IRM fonctionnelle, en spectroscopie, en transfert de magnétisation et en tractographie de diffusion [3]. Les études en PET au FDG retrouvent également une atteinte des régions préfrontales ainsi que de l’aire supplémentaire et du noyau lenticulaire corrélée à l’état de fatigue des patients [5]. Une étude a montré une corrélation avec le risque de développer une atrophie cérébrale [6]. D’autres travaux récents retrouvent, au cours de la maladie, une atteinte des réseaux frontaux prémoteurs et des boucles faisant intervenir le thalamus et les noyaux de la base. Elle pourrait être une conséquence des lésions ou un dysfonctionnement lié à l’inflammation. Cette même atteinte pourrait entraîner un recrutement plus important des aires cérébrales prémotrices nécessaire pour un effort donné, et être à l’origine de la fatigue perçue par les patients.
Il est également possible que la sensation de fatigue soit liée à une estimation interne excessive erronée de l’effort donné à accomplir par rapport à la réalité du travail à effectuer au niveau des réseaux neuronaux.
Un déficit de réseaux inhibiteurs ou de boucles de rétrocontrôle pourrait également intervenir. Des études neurophysiologiques en EEG et potentiels évoqués moteur ont montré une atteinte des systèmes de volition prémoteurs frontaux [7, 8]. Les études en IRM non conventionnelle semblent également montrer une corrélation avec l’atteinte diffuse préfrontale et des noyaux gris centraux.
La libération excessive de cytokines, notamment l’interféron alpha, gamma, le TNF alpha et l’interleukine 1 (qui intervient aussi dans les phénomènes pyrétiques) ont été incriminés [3]. Bien que la possibilité de mise en cause de ces facteurs liés à l’inflammation soit logique, les preuves expérimentales restent absentes ou peu fiables.
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Re: Fatigue et SEP

Message  Domyleen le Lun 17 Mai 2010 - 18:14



Auteur(s) : Jean-Christophe Ouallet

Traitement

Aucun traitement de la fatigue de la sclérose en plaques n’a montré une efficacité validée par des études reproductibles de niveau de preuve élevé [9]. Aucun ne bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché.
· L’amantadine (Mantadix®️, dose utilisée : 100 à 300 mg répartis en 1 ou 2 prises par jour matin et midi, avec prescription 5 jours sur 7 ou par périodes discontinues de 3 à 6 mois) est l’un des traitements les plus utilisés. Une étude contrôlée randomisée en double aveugle et cross-over ayant inclus 115 patients a montré un bénéfice modeste [10]. Le traitement entraînait toutefois une insomnie chez plus de 20 % des patients. Une Cochrane review récente (2008) de toutes les études concernant l’amantadine n’a pas permis de confirmer son efficacité de manière probante. Cette efficacité paraît, au mieux, modeste.
· Le modafinil (Modiodal®️, dose utilisée : 200 à 400 mg par jour) : une première étude avait montré une efficacité à une dose intermédiaire de 200 mg par jour [11] mais sans confirmation d’efficacité à 400 mg. Malheureusement, cette efficacité n’a pas été confirmée par une seconde étude [12]. En pratique, ce traitement utilisé par de nombreux centres n’a d’intérêt qu’en cas d’hypersomnie diurne associée à la fatigue.
· L’adrafinil (Olmifon®️, dose utilisée : 2 à 4 cp de 300 mg par jour) : il s’agit d’une molécule prodrogue du modafinil dont les indications sont les mêmes (hypersomnie) et dont l’expérience d’utilisation dans certains centres est bonne. Il ne s’agit pas d’un médicament d’exception. L’avantage est donc une plus grande facilité de prescription en France. Bien qu’il soit utilisé dans certains centres, ce traitement n’a toutefois pas fait l’objet d’études publiées dans la SEP.
· La pémoline : c’est une molécule essentiellement prescrite en Amérique du Nord suite à une étude nord-américaine de qualité méthodologique très critiquée [13]. Les revues récentes de la littérature critiquent beaucoup le bénéfice/risque de ce traitement ce qui fait que son utilisation tend à se restreindre.
· L’aspirine (dose utilisée : 650 mg matin et midi) : une petite étude récente en cross-over contre placebo chez 30 patients a montré une efficacité modeste [14]. La durée d’utilisation paraît limitée par les risques d’effet secondaire à ces doses-là. Une étude plus importante nord-américaine pour confirmer cette efficacité est en cours.
· 3-4 aminopyridine (dose courante utilisée : 40 à 80 mg/jour répartis en 3 à 5 prises) et 4 aminopyridine (dose courante utilisée : 20 à 40 mg/jour mg répartis en 3 à 5 prises) : disponible uniquement en préparation par les pharmacies centrales des hôpitaux.Un PHRC national multicentrique français est actuellement en cours. Les quelques études réalisées de niveau de preuve faible ont montré une efficacité possible mais non confirmée. Une lettre de l’Afssaps a mis en garde contre la prescription de ce produit de ce fait. Une étude présentée en « late breaking news » à l’ECTRIMS/WCTRIMS 2008 (P909) ayant randomisé en double aveugle 239 patients contre placebo semble confirmer par ailleurs une efficacité sur le périmètre de marche avec la 4 aminopyridine (fampridine). Les résultats de l’étude de phase 3 concernant cette molécule viennent d’être publiés en 2009 [15]. Les études montrent que la 4-aminopyridine (qui a fait l’objet d’un plus grand nombre d’essais thérapeutiques) pourrait être un peu plus efficace que la 3-4, mais exposer à un risque un peu plus important de crise d’épilepsie. Tout cela reste à confirmer par de nouvelles études. Un essai thérapeutique important multinational randomisé en double aveugle développé par les laboratoire Sanofi-Aventis avec la nerispirdine, molécule proche de la fampridine, mais inhibiteur à la fois des canaux sodiques et potassiques (qui aurait peut-être l’avantage) d’être moins épileptogène, a débuté en 2009.
· L-carnitine (Lévocarnil®️, solution orale 1 g utilisée à la dose de 1 à 2 g matin, midi et soir) : ce traitement de plus en plus utilisé par certains centres a montré une efficacité significative modeste versus amantadine dans une étude contrôlée randomisée en cross-over [16]. Un PHRC multicentrique français débute actuellement concernant 60 patients randomisés en double aveugle et en cross-over versus placebo, et devrait permettre de confirmer ou non l’efficacité de cette molécule.
· Les antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine : ils n’ont pas montré d’efficacité probante sur la fatigue de manière indépendante du syndrome dépressif. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (Guide ALD SEP) précisent qu’ils ne doivent pas être utilisés s’il n’y a pas de troubles dépressifs.
· Les études contrôlées de thérapies non médicamenteuses : il s’agit surtout de psychothérapies ou de thérapies psychosociales : thérapies cognitives comportementales et thérapies dites de conservation énergétiques et de thérapies physiques (yoga, thérapies électromagnétiques, reconditionnements à l’effort en particulier). Ces études comportent le plus souvent des biais (listes d’attente utilisées comme groupe contrôle…) et sont de qualités méthodologiques limitées [9]. La Haute Autorité de Santé recommande la rééducation dans la prise en charge de la fatigue (Guide ALD SEP, Septembre 2006).
· Le reconditionnement à l’effort est l’un des traitements le plus souvent recommandés. C’est aussi la technique de rééducation la plus utilisée en pratique dans cette indication. Il s’agit de permettre au patient de se réentraîner de manière douce et progressive à des efforts physiques réguliers et fractionnés de plus en plus importants. Les efforts doivent être adaptés au patient mais peuvent parfois être intenses : aérobic, stretching [17]. Ils favorisent le renforcement musculaire et l’endurance. L’objectif est d’augmenter les capacités d’efforts et de résistance de fond des individus. Les données expérimentales restent cependant éparses et de niveau de preuve faible. Les données des études montrent plus de résultats sur certains items de résistance à l’effort (fatigabilité) et de qualité de vie que sur les items de perception subjective de fatigue (l’efficacité sur les échelles standardisées de fatigue n’est pas retrouvée de manière concordante par les études).
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Re: Fatigue et SEP

Message  Domyleen le Lun 17 Mai 2010 - 18:17

CConseils d’hygiène de vie

Ils sont peut-être l’élément le plus important. On insiste sur la nécessité de fractionner les efforts, de respecter la fatigabilité en évitant de dépasser excessivement le seuil par un effort excessif trop inhabituel et prolongé. Ces conseils sont logiques en référence aux caractéristiques même de la fatigue qui est sensible au caractère prolongé et durable de l’effort. On conseille ainsi de fractionner les activités quotidiennes entrecoupées de brèves périodes de repos. Le repos absolu prolongé est par contre déconseillé. L’activité du patient est au contraire encouragée en tentant de lui redonner confiance sur ses possibilités.[6]
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Domyleen

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Re: Fatigue et SEP

Message  Domyleen le Lun 17 Mai 2010 - 18:44

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Re: Fatigue et SEP

Message  MPascale le Lun 17 Mai 2010 - 20:03

Tte façon, qd tu ne tiens plus tes jambes au bt de 10mn de marche, autant penser q c'est la fatigue... Plutôt q le handicap qui s'aggrave...

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